Parcours sans faute pour Pékin
Le parcours de la flamme olympique hier a été fortement chahuté par la bonne conscience européenne, qui, fière d’une « démocratie » durement acquise, ne peut que s’offusquer de voir comment la Chine traite le Tibet actuellement. Et c’est dans le souci de soutenir un émissaire de la paix (ie : le Dalai-Lama) que certaines personnes ont jugé nécessaire de jouer les terroristes.
Pourquoi pas ?
C’est vrai, chacun ses convictions, et si on peut gueuler à la face du monde que la Chine ne respecte pas les droits de l’homme et est un état totalitaire depuis plus de 1 000 ans, pourquoi s’en priver ?
Après, savoir si l’Europe (300 000 personnes) et les Etats-Unis (idem) vont pouvoir en compter à un état qui d’une part représente 1 500 000 000 bouches mais en plus abreuve toute la Terre en produits manufacturés, c’est une autre question…
Se demander si mélanger sport et politique ne risque pas de brouiller les messages, comme le fait remarquer Bernard Debré dans 20 Minutes ce matin : « La flamme olympique, ce n’est pas la flamme chinoise. Il faut distinguer les deux. L’olympisme n’a rien à voir avec la politique.» ou ce lecteur sur le site du Monde : « Les athlètes doivent reprendre le pouvoir sur les marchands ! Alors de grâce ne mélangeons pas les genres ! Le sport a sa liberté d action ! Les marchands et la politique la leur ! Le public la sienne ! Ces degrés de réactions doivent se conjuguer pas se surenchérir et prendre les sportifs en otage ! » est une autre affaire.
Ce qui est sûr, c’est que faire du bruit à 15 000 km d’un état qui pratique à volo la censure, et dont les deux tiers de la population vivent dans la campagne, ne peut que porter ses fruits ! Je ne donne pas trois jours à Pékin pour imposer la démocratie ! ;-)
Au-delà des questions de fond (Peut-ont vivre en démocratie quand on a plus d’un sixième de la population à gérer ? La démocratie est-elle un dû ou faut-il se battre pour elle – cf. la démocratie « imposée » en Irak qui dégénère - Les valeurs Européennes peuvent elles être érigées en valeur universelles ? Ne portons-nous pas la casquette des dictateurs quand nous imposons notre mode de vie et de pensée ? Vivons-nous nous-mêmes en démocratie ? etc.) et des évidences (le Tibet doit être préservé, la Chine doit prendre en compte les Droits de l’Homme etc.), j’ai globalement l’impression que nous sommes un peu paumés et dépassés par les événements (Moyen-Orient en feu, Asie en forte croissance, fanatisme religieux, désertion des Eglises Chrétiennes, panne économique etc.).
Nous faisons feu de tout bois pour croire qu'il existe encore des "causes", alors qu'au final, nous passons juste à une phase 3 dans la guerre économique, qui consiste à considérer la Chine comme un partenaire à part égale, alors qu'il n'a pas nos valeurs.
Tant qu’ils la bouclaient et se contentaient de produire à moindre coût, on s'en foutait, mais maintenant qu’ils font monter le prix des matières premières, qu’ils investissent en Afrique et partout dans le monde et qu'ils ont la parole (ou plutôt : qu'on est obligé de les écouter), on se sent agressés et on comprend bien que les valeurs sur lesquelles ont pensait pouvoir se reposer ne sont pas si inébranlables et qu’on va se faire « bouffer » (si je puis me permettre cette expression !).
Nous sommes trop dépendants de la Chine, que ce soit en tant que client ou fournisseur, pour réellement imposer notre point de vue. Ils le savent, et c’est pour cela que je ne crois pas que ces chahutages et chamailleries changeront quoi que ce soit.
La véritable action serait de boycotter les produits chinois, d’acheter des produits plus chers mais d’origine européenne ou US ou latine, mais cela toucherait directement à notre porte-monnaie, ce qui est bien plus contraignant que d’aller souffler sur une bougie officielle…
Au final, tout cela n’est qu’une bonne com’ par des Européens… pour des Européens. Mais chut, ne tombons pas dans le cynisme …