BArBELés
Après un mois en Amérique Latine, le retour à la "vraie" vie demande souvent un temps de réadaptation. C'est dans ce cadre qu'un "bon de mes amis" m'a proposé d'aller voir hier soir "BABEL". Peu au fait des dernières sorties cinémas, je me suis fié à son jugement ("Le film est excellent !"), à peine terni par un "Ah, et il paraît que c'est triste" lâché juste au moment de l'extinction des feux... Je reconnais en avoir pris pour mon grade ! Pendant deux heures, j'ai tout simplement l'impression d'avoir été balloté d'un pays à l'autre, d'une intrigue à l'autre, d'une langue à l'autre et d'un stress à l'autre. L'histoire, qui retrace la répercussion d'un événement sur trois continents, est assez difficile à résumer. Je vous invite à lire les synopsis ici et là. De prime abord, la barrière de la langue est la problématique centrale du film. Une sourde-muette japonaise incapable de séduire, un Américain à l'étranger dans l'impossibilité de faire venir une ambulance, une nourrice mexicaine ne pouvant ramener chez eux deux enfants américains. Mais très vite, il émerge de cette impression de cacophonie - ponctuée par de brefs plages de silence vues à travers les yeux de la japonaise - que la vraie frontière n'est pas la langue, mais l'absence de compassion et d'écoute. - Les scènes tournées en Afrique du Nord marquent par la violence des échanges, que ce soit au sein de la famille, entre les paysans et la police, entre l'Américain est les Marocains, entre les touristes américains. Tout à leurs problématiques, chacun tente d'imposer son point de vue, sans jamais chercher à écouter ou comprendre autrui. Même l'Ambassade américaine, supposée capable de prendre du recul et de gérer les urgences, s'enferme dans une psychose terroriste, portant sur le plan diplomatique et international un fait divers dramatique. Les situations semblent bloquées, le spectateur ne sait pour qui prendre parti, et il nous prend l’envie de hurler « Stop ! Tout le monde se tait et s’assoit ! On va faire une minute de silence ! ». - Plus psychologique, le regard que portent sur la sourde-muette ses contemporains l'enferme dans un univers dont elle ne peut sortir, un monde qui va au-delà des préjugés sociaux, puisque même nue, elle est rejetée. Elle est un "monstre", et fini par acter comme tel, se réfugiant dans une communication extrême illustrée par des scènes exhibitionnistes. Une autre frontière est également mise en avant : celle qui sépare le monde des adultes de celui des enfants. Très clairement, le premier est celui de ceux qui s'expriment, souhaitant s'imposer à tous, le second celui de ceux qui écoutent, regardent, subissent. Qu'ils soient Américains, Japonais ou Marocains, ils se trouvent très vite embarqués dans des histoires d'adultes qui les dépassent. Au final, cette impression d’univers évoluant en vase clos, cherchant à s’éviter, et dont chaque contact dégénère en querelle, en petite guerre. C’est un monde où les gens se croisent sans se voir, où un acte d’amitié peut dégénérer vers le pire (le fusil en cadeau, les enfants emmenés au mariage), l’accident n’étant jamais loin. On se rentre dedans, mais on ne se salue pas. Le monde n’est uni que par la propagation des conséquences de ces guerres, pas par les échanges où le voyage des personnes.
Merci pour le coup de massue !
Et le spectateur de les voir jongler entre les langues et les moyens de communication (anglais, espagnol, japonais, gestuels, écrits, mimés) dans des tentatives désespérées de se faire comprendre.
Cette dernière se manifeste de deux façons : physique et psychologique.
La nourrice mexicaine, qui n'a pas le problème de la barrière des langues, se trouve face à une autorité policière qui, enfermée dans les procédures, fait la sourde oreille à ses complaintes : elle est clandestine, et n’a donc pas le droit à la parole, même si c’est pour sauver deux enfants.