Spam # 1

Publié le par Glopf

    " J’ouvre la porte de l’appartement sans faire de bruit. Aussitôt il bondit hors du canapé, tel un fauve de salon, et court vers moi en miaulant. Je lui fais quelques caresses sur le dos alors qu’il se frotte contre mes jambes. Il miaule de plus belle. Ce gros chat de quatre-vingts kilos qui vient me faire la fête quand j’ouvre la porte, c’est mon homme. Il a très faim car c’est l’heure de ses croquettes. Jamais, oh non jamais, je n’aurai pu imaginer un jour voir mon amour se balader ainsi à quatre pattes devant moi, totalement nu, et se régaler des aliments pour chat que je lui verse tous les soirs dans sa gamelle.
    C’était comme ça. L’homme de ma vie était devenu un chat.
    La métamorphose n’avait pris que quelques mois. Je n’avais rien remarqué au début, rien anticipé. J’avais tellement de boulot au bureau. Des horaires impossibles tous les jours. Je n’ai rien vu venir du tout. Pour me rassurer le soir avant de m’endormir et m’ôter définitivement de la tête toute idée de culpabilité, je me dis que ni moi, ni personne aurait pu prévoir cela.

    Voilà comment tout a commencé…

    Mon homme et moi, nous étions ensemble depuis quatre ans, fiancés depuis moins d’un an et je voulais que nous adoptions un chat.
    D’abord, c’était un animal que je connaissais bien et que j’appréciais. J’aimais leur compagnie. Ils me rappelaient d’heureuses périodes de mon enfance. Ma grand-mère maternelle en avait trois chez elle, tous très gentils. Elle était aux petits soins pour eux. Mon grand-père lui les détestait. Tous les soirs, à l’heure du dîner, il râlait et rappelait combien les chats étaient « des êtres tire-au-flanc, ingrats et fourbes ». Au fond, je crois qu’il était un peu jaloux de voir ma grand-mère s’occuper autant de ses chats, et pas de lui !
Je me souvenais aussi de ces froids après-midi d’hiver où je regardais la télé avec ma grand-mère, alors que grand-père jardinait. Nous étions confortablement assises dans le canapé, les trois matous blottis tout contre nous et cherchant nos caresses. Une merveilleuse sensation de bien-être envahissait alors tout mon corps. Cette sensation, je l’ai gardée en moi toute ma jeunesse.
    D’un point de vue purement pratique, celui de la jeune femme organisée que j’étais devenue, être propriétaire d’un chat ne demandait quasiment pas « d’entretien ». Pas de tour de quartier à des heures indues avec une laisse, ni de ramassage de crottes sur le trottoir avec un sac plastique ridicule. Un chat, pourvu qu’il ait ses croquettes à heures fixes et sache où se trouve sa litière, sait se débrouiller seul. C’est un animal indépendant. Je savais mon amoureux attentif à ce genre de choses.
    Enfin, plus secrètement, le choix d’avoir un animal à la maison était aussi pour moi une manière détournée de faire goûter à mon homme la vie à trois. J’y voyais une sorte de douce initiation à la paternité... "

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Publié dans Crackage

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