Spam # 2

Publié le par Glopf


    " Par un après-midi chaud et ensoleillé de la mi-août, alors que je débutais dans une nouvelle société, un collègue me fit une proposition que je n’eus pas le cœur de refuser. J’ai aussitôt composé le numéro de téléphone pro de mon chéri.

    - Allô ? a-t-il prononcé d’une voix traînante.

    Je le savais débordé, absorbé comme souvent par son travail. Il était informaticien, spécialisé dans les jeux vidéo, sa passion. Il consacrait à chaque projet beaucoup de temps et d’énergie, mais il aimait ça.

    - C’est moi, mon cœur !
    - Qu’est-ce qui se passe ? demanda-t-il, agacé.

    Il était de mauvais poil. Il n’appréciait pas que je le dérange pendant la journée, souvent je dois le reconnaître pour m’entretenir avec lui de choses futiles. Des trucs de filles, quoi ! Mais ce jour-là, j’avais une excellente raison de l’appeler.

    - Tu veux un chat ?

    Aucune réponse. Il avait été pris de court par ma question.

    - Pardon ?
    - Un collègue me propose d’adopter petit chaton. C’est oui ?
    - C’est non.
    - S’il te plaît, l’ai-je supplié.
    - C’est non !

    Ses réponses catégoriques ne m’impressionnaient pas. Je le connaissais bien et savais être tenace. Au fond de lui, je le sentais, il était d’accord. Car lui aussi voulait un chat. Bon, c’est vrai que je lui avais rabâché les oreilles pendant de longues semaines de mon envie d’avoir un chat, dans le but inavoué que cette envie devienne sienne à son tour. C’était ma tactique.
    A ce moment de la conversation, je devais seulement patienter, insister juste ce qu’il fallait pour que la pomme mûre tombe de l’arbre tout naturellement. De toute façon, depuis notre rencontre, malgré ses grands airs de mâle dominant, il ne m’avait jamais rien refusé. Cela n’allait pas commencer ce jour-là !

    - J’ai dit non ! a-t-il continué sévère, même si je décelais déjà quelques fissures dans sa voix.
    - S’il te plaît, mon amour que j’aime…

    Quelle insupportable peau de vache j’étais !

    - J’ai énormément de boulot là, je n’ai pas du tout le temps de…

    - Un petit chaton tout mignon pour nous deux, l’ai-je coupé sur un ton tendre avant qu’il n’entame son rituel couplet d’homme hyperactif. Un petit chaton tout doux, tout gentil qui dormira en boule sur tes genoux, comme une bouillotte, lorsque tu regarderas la télé le soir.

    Silence au bout du fil. J’ai compris que j’avais fait mouche. La pomme se détachait de la branche.

    - J’ai une condition.
    - Laquelle ?
    - Je ne m’occupe JAMAIS de la litière.
    - D’accord !
    - OK. A ce soir.

    Il a raccroché. J’ai hurlé un énorme « youpi » dans l’open-space où je travaillais. Surpris, mes nouveaux collègues ont braqué leurs regards sur moi. Parmi eux, le donateur du chaton. Je lui ai adressé un large sourire. Il m’a répondu par un clin d’oeil. J’avais un chat à moi désormais ! Concernant la litière, je comptais bien rediscuter les termes de cette condition d’ici quelques semaines. Mais pas ce jour-là, j’étais trop contente !

    Ainsi a débarqué Spam dans nos vies... "

La suite au prochain épisode
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Publié dans Crackage

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