Si le curling vous en dit

Publié le par Glopf

Le constat est amer : le ménage domestique est votre seule activité physique de la semaine. Vous décidez de vous remettre au sport. C’est bien. Pas de contre-indication de la part de votre médecin ; aucun souci pour régler la cotisation de votre futur club. Parfait. Vous recherchez un sport qui fasse de vous une personne en pleine forme, gracieuse et intègre. Aïe, aïe, aïe ! Dans votre course au bien-être, vous partez là avec un sacré handicap. En effet, il semble difficile de pratiquer aujourd'hui une discipline sportive alliant en toute transparence la beauté du jeu et le dépassement de l’athlète, le fair-play et la performance. Mais cherchons quand même…

Commençons par le footballe, of course. C’est celui dont on cause le plus, dans les cours de récré et au bureau, et pourtant, quelle engeance que ces footballeurs ! Dans une ambiance digne des jeux du cirque, ils courent, s'insultent, se frappent, poussés par des supporters dans les veines desquels circulent plus de bière que de vie. Et parfois, lors d’un match, on compte les buts mais aussi les morts. Le ballon rond ? A oublier ! Et l’ovale ?

Autrefois ignoré des Grands - comprenez les Grands Groupes Mondiaux - le rugby s’est récemment métamorphosé. Il y a quelques années encore, sa pratique fleurait bon le terroir bon enfant, un peu rustre certes mais si droit et si attachant. La professionnalisation aidant, le jeu est devenu plus rapide, plus intéressant ; le sport, lui, beaucoup plus intéressé. Après l’imbitable Coupe du Monde de Foot et ses joueurs-sandwichs, voici venue la nouvelle trouvaille marketing des multinationales, martelée à n’en plus finir : « les rugbymen, ces gros durs au cœur pur ». Le haka des All Blacks est devenu le nouveau chant des camelots. Fini le dépassement de soi, gloire à la dépense ! Et à la défonce ?

Souvenez-vous du scandale du dernier Tour de France et de ces cyclistes aux muscles d’acier et à la santé meurtrie, entamant des contre-la-montres dans un climat de suspicion générale. Un pneu crevé par ici, une seringue par là, une pilule dans la bouche de celui-ci, le sang d’un autre dans celui-là ; certains soirs, dans les villages d’étapes, on se serait crû Place Stalingrad.

Un autre sport individuel peut-être ? Le tennis ? Malheureusement, depuis l’affaire des matchs truqués, celui-ci est à la recherche d’un nouveau rebond ; pas sûr que ce scandale lui rende… service. Pardonnez à votre serviteur cet enchaînement de jeux de mots qui peine à passer au dessus du filet mais je suis écoeuré par ce bref panorama du sport. Il véhicule les valeurs d’un monde individualiste et tricheur, violent et bête. Les propos de Pierre de Coubertin m'avaient pourtant prévenu : «  En ciselant son corps par l’exercice comme le fait un sculpteur d’une statue, l’athlète antique honorait les dieux. En faisant de même, l’athlète moderne exalte sa patrie, sa race, son drapeau » … et son compte en banque aussi. Déprimant.

Ah si ! Il existe peut-être une solution : vous mettre au curling ! Mais si, mais si, vous connaissez ce sport, très pratiqué dans les pays froids, et pour cause: sur une patinoire, quatre gars balaient la glace pour faciliter la progression d’une boule en pierre jusqu’à une cible de couleur. C’est une discipline olympique, s’il vous plaît (voir les règles officielles). Non, ne riez pas, ne riez pas. Car ce sport où le coup de balai à toute son importance devrait inspirer les fédérations des sports susnommés et les inciter à faire enfin le grand ménage.

 

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Publié dans A qui le dites-vous

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