Quand la Chine change le monde
Lundi dernier, je suis allé écouter une conférence de Erik Izraelewicz, l'auteur de Quand la Chine change le monde. J'ai tout simplement été bluffé par les chiffres apportés par le conférencier. Certes, la Chine, c'est plus d'un milliard d'individus, et cela impressionne. Mais si en plus on vous dit que :
- il y a une ville de 31 millions d'habitants (Chongqing - la moitié de la population Française !)
- il y a en Chine 60 millions de pianistes (toute la population Française !)
- en moins de 20 ans, plus de 400 millions d'individus sont passés au-dessus du seuil de pauvreté1, soit plus que toute l'Europe !
Pour M. Izraelewicz, la Chine est entrain de vivre sa révolution industrielle. La même que celle par laquelle nous sommes passés au XIXème siècle, à deux différences prêt :
- elle se passe dans un monde ou les échanges sont ultra rapides (transport, internet, etc., l'aviation était peu développée au XIXème, rappelez-vous !)
- elle concerne un continent
Et le journaliste des Echos de nous faire remarquer que si au début des années 2000, la Chine avait droit à un article chaque semaine dans les pages du dit journal, aujourd'hui, c'est tous les jours. Et quand on parle de la Chine, ce n'est pas que pour mettre en avant ses considérations peu amènes sur les droits des individus et sa façon si particulière de "faire justice" (même si Mme Royale s'en enchante !) mais aussi pour traiter de son rôle dans l'explosion du coût des énergies, la réouverture d'usines de charbon pour la fournir, sa politique environnementale, l'accroissement de ses investissements à l'étranger (+ 123 % entre 2004 et 2006 pour atteindre plus de 15 milliards de dollars aujourd'hui. ex. : le département hardware d'IBM racheté par Lenevo), enfin, l'excédent commercial Chinois a été multiplié par 9 depuis son entrée dans l'OMC en 2001 et atteint aujourd'hui 177 milliards de dollars. Une partie de ses liquidités sont investies dans les bons du trésor Américain, ce qui finance leur dette. Autant dire qu'en 5 ans, la Chine est redevenu l'acteur incontournable qu'elle était au XVIIIème siècle (elle produisait alors 30% de la richesse mondiale).
Evidemment, tout n'est pas « rose » pour la Chine, et quelques soubresauts sont à attendre, notamment au niveau financier et politique. De fait, le système bancaire est encore opaque d'une part, d'autre part, la Chine envoyant ses étudiants se former à l'étranger et une classe moyenne et éduquée étant entrain de se développer, il est fort à parier que le développement économique devrait, comme souvent, favoriser celui d'une démocratie. Ce qui ne devrait pas se faire sans quelques heurts. (enfin, quand on voit que Google, un des symboles de la liberté s’il en est, a dû s’autocensurer pour s'implanter en Chine, on peut se dire que ce n’est pas « pour demain » !)
Face à tous ces constats, il est clair que la France, l’Espagne, et tous les petits pays Européens ne doivent pas peser bien lourd. Les autorités Chinoises doivent trouver nos ministres des affaires étrangères bien sympathiques, voire comiques, mais il n’est pas étonnant d’apprendre qu’ils n’écoutent que leur « grand ami » l’Amérique. Et pour encore combien de temps ?
En tout cas, face au monde qui nous attend, l’Europe n’est plus une option…
Pour lire une critique "positive" du livre d'Erik Izraelewicz, c'est ici, et une un peu moins encenseuse là.
1- Un dollar par personne et par jour selon la Banque Mondiale